Salut la mif, j’espère que tout le monde va bien et a pu profiter du soleil des derniers jours avant que la pluie nous remette un coup de cross dans la nuque.
Merci pour vos retours sur la semaine dernière. Merci surtout de pas vous être désabonnés avec ce changement du biographique à l’autofictionnel1 (sauf une personne, mais je vais te retrouver).
J’espère que vous vous attacherez aux textes du mec qui connaissait pas le mot piso autant qu’à ceux de celui qui passait son temps à squatter celui de ses potes.
Comme le texte de la semaine dernière était un peu court, je vous l’ai remis ici pour que ça donne quelque chose de plus consistant2. J’essaierai de garder une longueur similaire pour les prochaines.
Si vous savez pourquoi je parle de piso, vous pouvez directement passer au chapitre Le métro. Si ça n’a aucun sens pour vous, la suite est juste en dessous. 🤝🏾
Faut que j’me barre d’ici.
Contrat rempli. La daronne voulait un fils diplômé, le papier est dans le cadre. Posé fièrement sur la commode du salon, comme si j’étais devenu astronaute.
Me voilà fièrement détenteur d’un BTS Management des unités commerciales. Ce serait une super nouvelle si j’avais eu un jour envie de manager des unités commerciales.
Ce contrat ça fait deux ans qu’on l’a signé, la daronne et moi. Un an après avoir fait croire à tout le monde (moi y compris) que j’irais à la fac, alors que j’allais surtout exploser des deux feuilles au skatepark.
“Obtiens juste un diplôme, même un BTS, et je te laisse tranquille”.
Je l’ai pris au pied de la lettre. Un BTS, pas plus.
J’voulais faire celui d’audiovisuel de base, comme j’ai filmé deux trois potes à la VX1000. Mais il parait qu’il fallait être bon à l’école. Mauvais casting.
Du coup j’ai pris le seul qui remplissait mes deux critères : prêt à prendre un mec avec un dossier de merde, et qui me demande pas de changer de ville. C’est pas parce qu’on reprend les cours qu’on a pas envie d’exploser des deux feuilles au park.
J’ai fini en MUC. Maintenant j’sais un peu vendre des trucs aux gens alors que j’aime pas les gens. Génial.
“Tu vas faire quoi maintenant ?” C’est ce que m’a demandé Simon en me tendant le genre de truc qu’on explose au park. “Me barrer à Paname”. C’est ce que je lui ai répondu.
La vérité c’est que je m’étais pas posé la question avant que Simon le fasse. C’est ça qui est sorti j’sais même pas pourquoi. Sauf que je suis un mec qui fait ce qu’il dit.
Chez tonton Yves.
J’le connais même pas, tonton Yves. Un pote du daron à l’ancienne apparemment. J’comprends pas pourquoi la daronne a gardé contact avec le premier après avoir divorcé du deuxième. Pas mon problème, en vrai.
Mon problème c’était de débarquer à Paname sans avoir trop de thunes ni d’endroit où dormir parce que j’connais personne sur place.
J’aurais dû répondre “Me barrer à Barcelone” à Simon. Là-bas y’a une meuf avec qui j’ai ken cet été, j’suis sûr qu’elle m’aurait dépanné deux trois nuits dans son appart. Voire plus.
D’ailleurs appart ça se dit piso. Je l’ai appris quand j’essayais de lui dire “je reviens, j’vais pisser” dans le bar où on s’est rencontrés. J’parle pas bien espagnol.
Pour revenir à tonton Yves, la seule chose que je sais de lui (à part qu’il est noir puisque c’était un pote du daron et qu’il s’appelle Yves) c’est qu’il a un appart vide à Paris qu’il me prête pour trois mois. Les clés sont déjà posées sur la commode du salon. Juste devant le diplôme.
J’peux plus reculer. Surtout que j’ai signé un nouveau contrat avec la daronne.
“500 euros par mois, pendant trois mois. Après tu te débrouilles.”
J’ai failli répondre que j’aurai besoin que d’un mois, mais parfois faut savoir fermer sa gueule. Et faire sa valise.
Le métro.
Je connais pas bien les lignes du métro, mais je suis certain que la 7 n’a pas gagné de RATP Award3 cette année.
J’avais bien envie de m’asseoir, mais les sièges à moquette violette m’inspirent pas confiance non plus. De toute manière, il n’y a que six stations. Je devrais survivre.
Le métro passe par la station Louis Blanc. En regardant autour de moi, je me dis que c’est un peu ironique : y’a un seul blanc. Cheveux longs, pantalon large qui tombe sur une paire de Nike. Un maillot de la NBA par-dessus le sweat à capuche. Il a l’air blasé. Je pense que c’est parce qu’il s’appelle Louis alors qu’il aurait préféré s’appeler Michael Jordan.
Louis le blanc ne descend pas à Louis Blanc.
Il ne descend pas non plus à la suivante. Tant mieux pour lui parce que Stalingrad n’a pas l’air ouf. Y’a un mec sur le quai qui était littéralement pieds nus. Ça a l’air encore plus risqué que d’avoir fait la guerre là-bas.
Plus que trois stations. La rame se vide un peu plus à chaque arrêt. Louis le blanc est toujours là.
Corentin Cariou. C’est là que je descends. Louis le blanc aussi.
Je me retrouve en bas des marches en même temps qu’une daronne africaine avec un cabas qui ne passerait clairement pas en cabine. En temps normal je l’aurais sûrement aidée mais moi aussi je suis géchar. Un petit regard type “On est ensemble” et je monte les escaliers, valise en main.
Sauter le portique du métro c’est facile, avec une valise de 30 kilos ça l’est un peu moins. En rajoutant une flaque de pisse et un crackhead allongé sur les marches, ça fait déjà 3 obstacles. Je vais peut-être me mettre à l’athlétisme.
En tout cas, suis enfin dehors. Ça fait même pas si longtemps que je suis parti de chez la daronne mais j’ai l’impression que ce voyage m’a fatigué. Sûrement parce que j’ai pas simplement voyagé de chez la daronne à Paris. Je suis parti de la vie que j’avais pour arriver dans la vie que j’ai pas encore.
Mille sept cent quatre-vingt-sept.
Un, sept, huit, sept. La porte s’ouvre. 1787 c’est aussi le nombre de marches qui nous séparent, ma valise et moi, d’une putain de bonne nuit de sommeil : tonton Yves a eu la bonne idée d’habiter au dernier étage sans ascenseur.
Chaque tour que je fais avec la clé dans la serrure fait un bruit sourd et métallique. J’ai l’impression que je vais entrer en cellule. Paris c’est tellement romantique que les gens ont des portes blindées, même au sixième.
J’entre dans l’appartement. J’allume la lumière, elle est blanche. Mon hypothèse de cellule commence à se vérifier. J’enlève mes chaussures et les range à côté d’une paire de babouches en cuir taille 47, talon écrasé : je commence à cerner tonton Yves.
Je fais le tour du propriétaire, comme un chat quand tu le balances4 dans un endroit qu’il n’a jamais vu. Démarche lente, attentif à tous les détails : la nappe en dentelle sur la table ronde du salon, le papier peint vert hôpital, la statue de la vierge marie sur le buffet.
Je ne suis clairement pas chez un architecte d’intérieur, mais forcé de constater que ce salon est propre et ne manque de rien. À part peut-être d’un balcon pour fumer une clope, mais faut pas trop demander.
Je m’assieds le cul sur le rebord de la fenêtre. C’est inconfortable mais je vais éviter d’enfumer la mère de Jésus avec du tabac Pueblo.
La vue est pas si mal depuis le sixième étage. Ça valait les 17875 marches.
Au fur et à mesure que je tire sur ma clope, j’observe les bâtiments qui se dressent devant moi. Il y a surtout quatre énormes tours, d’au moins 30 étages chacune. Elles ont l’air un peu ghetto mais je me dis que la vue doit vraiment être ouf de là-bas.
Je me dis aussi qu’en fait j’aurais la flemme d’y habiter parce que ça doit faire au moins 8935 marches. Puis je me dis qu’une tour comme ça a forcément un ascenseur et que mon raisonnement est super con. Je crois que je suis fatigué.
Tonton Yves avait précisé à la daronne que la chambre serait fermée et qu’il fallait que je dorme sur le canapé. Je préfère presque : ça aurait été bizarre de dormir dans le lit de quelqu’un dont je ne connais ni le visage ni la voix. D’ailleurs si je dois être honnête, je sais déjà que j’y resterai pas trois mois.
J’enlève les deux coussins d’assises pour déplier le BZ. Le matelas est encore dans le plastique, alors que le canapé est pour sûr plus vieux que moi. Je reconnais là un bon gros move de blédard. Je pense à l’enlever mais j’ai pas envie de faire de la merde. J’hésite. Tant pis, je vais juste mettre les draps par-dessus.
Putain. Les draps.
Terme appris sur Chat GPT il y a 3 jours.
Oui, il aurait pu juste écrire plus et vous a un peu escroqué.
Cette cérémonie n’existe pas. Mais ce serait marrant de savoir qui remporterait le “Malaise voyageur de l’année”.
Ne balancez pas les chats.
74, en vérité.



